· Reconversion  · 13 min read

Démissionner pour Se Reconvertir : Dispositif Démission-Reconversion

Le dispositif démission-reconversion. Conditions, allocations chômage, démarches.

Vous avez décidé de tout plaquer pour vous reconvertir, mais vous avez peur de perdre vos droits au chômage en démissionnant ? Bonne nouvelle : depuis novembre 2019, le dispositif démission-reconversion permet aux salariés de démissionner tout en percevant des allocations chômage. Un vrai filet de sécurité pour sauter le pas sans risquer le tout pour le tout.

Voici tout ce que vous devez savoir sur ce dispositif en 2025 : conditions d’éligibilité, montant des allocations, démarches à suivre, et pièges à éviter.


Qu’est-ce que le Dispositif Démission-Reconversion ?

Une révolution dans le droit au chômage

Avant 2019, une règle était absolue : si vous démissionniez, vous n’aviez pas droit aux allocations chômage (sauf cas très spécifiques de démission légitime). Cette rigidité freinait de nombreuses reconversions professionnelles.

Le dispositif démission-reconversion, instauré par la loi “Avenir professionnel” du 5 septembre 2018 et entré en vigueur le 1er novembre 2019, a changé la donne. Il permet désormais à un salarié de démissionner pour réaliser un projet de reconversion professionnelle sérieux, tout en conservant le droit à l’allocation chômage (ARE - Allocation de Retour à l’Emploi).

Ce n’est pas une démission ordinaire. C’est une démission encadrée, validée en amont par un conseiller en évolution professionnelle (CEP), avec un projet formalisé et réaliste.

Qui peut en bénéficier ?

Le dispositif s’adresse aux salariés du secteur privé qui souhaitent :

  • Se former à un nouveau métier
  • Créer ou reprendre une entreprise

Il ne concerne pas les fonctionnaires, les indépendants, ni les personnes déjà en recherche d’emploi.


Les Conditions d’Éligibilité en 2025

Condition n°1 : 5 ans d’ancienneté continue

C’est la condition la plus sélective. Vous devez justifier d’au moins 5 années de travail salarié consécutives au moment de votre démission. Ces 5 ans doivent être effectués de façon continue, sans interruption significative.

Attention : il s’agit bien de 5 ans de travail salarié en continu, pas nécessairement chez le même employeur. Si vous avez changé d’entreprise sans interruption, vos périodes se cumulent.

Exemple concret : Marie, 34 ans, a travaillé 3 ans dans une agence de communication, puis 2 ans et demi dans une startup. Elle totalise 5 ans et demi d’ancienneté continue. Elle est éligible.

Condition n°2 : Un projet de reconversion sérieux et réel

Votre projet doit être soit :

  • Un projet de formation menant à un nouveau métier (reconversion professionnelle)
  • Un projet de création ou reprise d’entreprise

Le projet doit être sérieux et réel, c’est-à-dire documenté, cohérent et réalisable. Vous ne pouvez pas simplement dire “je veux changer de métier” sans avoir réfléchi au comment.

Condition n°3 : Validation par un Conseiller en Évolution Professionnelle (CEP)

C’est l’étape clé. Avant de démissionner, vous devez obligatoirement consulter un CEP (Conseiller en Évolution Professionnelle). Ce professionnel analyse votre projet et émet un avis.

Le CEP travaille dans des structures habilitées : Transitions Pro (anciennement FONGECIF), Apec, Cap emploi, Missions locales ou France Travail (ex-Pôle Emploi).

Condition n°4 : Validation par la Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR)

Après le CEP, votre dossier est soumis à la CPIR (gérée par Transitions Pro dans votre région). C’est cette commission qui valide officiellement votre projet et vous donne le feu vert pour démissionner tout en conservant vos droits.

Délai de traitement : comptez en moyenne 2 à 3 mois entre votre premier rendez-vous CEP et la validation de votre dossier.


Le Montant des Allocations Chômage

Comment est calculée l’ARE ?

Une fois votre démission validée et votre inscription à France Travail effectuée, vous percevez l’Allocation de Retour à l’Emploi (ARE), calculée exactement comme pour un licenciement.

Le montant de l’ARE est calculé sur la base de votre salaire journalier de référence (SJR), lui-même calculé sur les 24 derniers mois de salaire (ou 36 mois si vous avez plus de 53 ans).

Formule simplifiée :

  • ARE = 40,4% du SJR + 12,47 € (partie fixe)
  • Ou 57% du SJR si ce calcul est plus favorable

Plancher en 2025 : environ 31,59 € par jour (soit ~950 € par mois) Plafond : 75% du SJR

Exemple chiffré n°1 : Le cas de Thomas

Thomas, développeur web salarié depuis 6 ans, gagnait 3 200 € brut par mois avant de démissionner pour se former à l’UX Design.

Son SJR = 3 200 × 12 / 365 = 105,20 €

Son ARE = 57% × 105,20 = 59,96 € par jour, soit environ 1 799 € par mois.

C’est nettement moins que son salaire, mais suffisant pour financer sa transition pendant sa formation de 12 mois.

Exemple chiffré n°2 : Le cas de Sophie

Sophie était assistante administrative à 1 900 € brut. Elle démissionne pour créer une micro-entreprise de rédaction web.

Son SJR = 1 900 × 12 / 365 = 62,47 €

Son ARE = 57% × 62,47 = 35,60 € par jour, soit environ 1 068 € par mois.

Avec ce montant, Sophie peut couvrir ses charges de base pendant sa phase de lancement.

Durée de versement des allocations

La durée de versement de l’ARE dépend de votre ancienneté :

Durée de travailDurée d’indemnisation
6 mois6 mois
12 mois12 mois
24 mois24 mois
36 mois et + (moins de 53 ans)24 mois maximum
36 mois et + (53-54 ans)30 mois maximum
36 mois et + (55 ans et +)36 mois maximum

Important : avec 5 ans d’ancienneté (condition minimale du dispositif), vous avez droit à 24 mois d’indemnisation maximum si vous avez moins de 53 ans.


Les Démarches Pas à Pas

Étape 1 : Préparez votre projet de reconversion

Avant tout contact officiel, prenez le temps de construire un projet solide. Posez-vous les bonnes questions :

  • Quel métier visez-vous ?
  • Quelle formation envisagez-vous ? Durée, coût, organisme ?
  • Avez-vous des débouchés identifiés ?
  • Avez-vous réalisé des enquêtes métier ?

Un Bilan de Compétences CPF peut vous aider à clarifier votre projet avant de vous lancer dans les démarches officielles. C’est souvent la première étape recommandée.

Étape 2 : Contactez un CEP (Conseiller en Évolution Professionnelle)

Prenez rendez-vous avec un CEP avant de démissionner. Le CEP est gratuit et confidentiel. Il vous aide à formaliser votre projet, à identifier les formations adaptées et à constituer votre dossier.

Vous pouvez contacter :

  • Transitions Pro de votre région (principal interlocuteur pour ce dispositif)
  • France Travail (ex-Pôle Emploi)
  • Apec (si vous êtes cadre)

Étape 3 : Constituez votre dossier

Avec l’aide de votre CEP, vous constituez un dossier comprenant :

  • Description détaillée de votre projet (formation ou création d’entreprise)
  • Justificatifs de votre ancienneté de 5 ans
  • Devis ou programme de formation envisagée
  • Éléments sur le marché du travail visé
  • Budget prévisionnel

Étape 4 : Soumettez le dossier à la CPIR / Transitions Pro

La CPIR (Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale), gérée par Transitions Pro, examine votre dossier. Elle peut :

  • Valider votre projet → vous pouvez démissionner
  • Demander des compléments d’information
  • Refuser si le projet n’est pas jugé sérieux ou réaliste

Délai : la commission se réunit régulièrement. Prévoyez 2 à 3 mois de délai total entre la prise de contact CEP et la décision.

Étape 5 : Démissionnez

Une fois la validation obtenue, vous pouvez remettre votre lettre de démission à votre employeur. Respectez votre préavis contractuel (généralement 1 à 3 mois selon votre convention collective).

Point important : la validation de la CPIR est valable 6 mois. Vous devez démissionner dans ce délai.

Étape 6 : Inscrivez-vous à France Travail

Après la fin de votre préavis, inscrivez-vous à France Travail dans les 12 mois suivant la validation de votre dossier. C’est cette inscription qui déclenche le versement de l’ARE.

Délai de carence : comme pour tout chômage, un délai de carence de 7 jours s’applique avant le premier versement.


Ce que le Dispositif Finance (et ce qu’il ne finance pas)

Ce que le dispositif couvre

Le dispositif démission-reconversion vous ouvre droit à :

  • L’allocation chômage (ARE) pendant toute la durée de votre reconversion (dans la limite de vos droits)
  • L’accès aux aides de France Travail (AREF, AFPR, etc.)
  • La possibilité de mobiliser votre CPF pour financer votre formation

Pour financer votre formation, pensez à consulter notre guide sur CPF : Comment Utiliser Votre Compte Personnel de Formation. Le CPF peut couvrir tout ou partie du coût de votre formation, en complément de l’ARE.

Ce que le dispositif ne couvre pas

  • Le dispositif ne finance pas directement votre formation (l’ARE est une allocation de subsistance, pas un financement de formation)
  • Il ne garantit pas le succès de votre reconversion
  • Il ne s’applique pas si vous souhaitez simplement changer d’employeur dans le même secteur

Exemple Pratique n°3 : La Reconversion de Julien vers le Freelance Digital

Julien, 38 ans, travaille depuis 7 ans comme commercial dans une PME industrielle. Il gagne 2 800 € brut par mois. Il souhaite devenir chef de projet digital freelance.

Son plan :

  1. Réalise un bilan de compétences (3 semaines, financé CPF)
  2. Contacte Transitions Pro Île-de-France pour un rendez-vous CEP
  3. Monte son dossier : formation “Chef de Projet Digital” de 6 mois + business plan freelance
  4. Dossier validé par la CPIR en 10 semaines
  5. Démissionne, respecte 3 mois de préavis
  6. S’inscrit à France Travail

Résultat financier :

  • ARE mensuelle : environ 1 650 € (57% de son SJR)
  • Formation financée à 80% par CPF (reste à charge : 400 €)
  • Durée d’indemnisation : 24 mois

Julien dispose de 24 mois pour se former (6 mois) puis lancer son activité freelance (18 mois). Une fois son activité lancée, il peut même cumuler partiellement ARE et revenus freelance.

Pour la suite de son projet, Julien consulte notre guide Reconversion Freelance Digital : Par Où Commencer ? et notre guide sur Créer Sa Micro-Entreprise en 2025 : Guide Étape par Étape pour structurer son lancement.


Les Pièges à Éviter

Piège n°1 : Démissionner avant la validation

Ne démissionnez jamais avant d’avoir la validation officielle de la CPIR. Si vous démissionnez avant, vous perdez vos droits à l’ARE, point final. La validation doit précéder la démission.

Piège n°2 : Sous-estimer les délais

Le processus prend du temps. Entre le premier rendez-vous CEP et votre premier jour sans emploi, comptez facilement 5 à 7 mois (2-3 mois de traitement + 1 à 3 mois de préavis). Planifiez en conséquence.

Piège n°3 : Présenter un projet flou

La CPIR refuse les projets vagues. “Je veux travailler dans le digital” ne suffit pas. Votre dossier doit mentionner une formation précise, un organisme identifié, un débouché professionnel réaliste et un budget.

Piège n°4 : Oublier de s’inscrire à France Travail

La validation CPIR est valable 6 mois. Votre inscription à France Travail doit intervenir dans les 12 mois suivant la validation. Si vous dépassez ces délais, vous perdez vos droits.

Piège n°5 : Négliger le reste à vivre

L’ARE représente en moyenne 57% à 75% de votre ancien salaire net. Faites vos calculs avant de vous lancer. Avez-vous des charges fixes incompressibles (loyer, crédit immobilier) ? Constituez une épargne de précaution avant de démissionner.


Dispositif Démission-Reconversion vs Autres Options

Comparaison avec la rupture conventionnelle

CritèreDémission-ReconversionRupture Conventionnelle
Accord employeur nécessaireNonOui
Indemnités de ruptureNonOui (légales minimum)
Droit au chômageOui (si validé)Oui
DélaiLong (3-7 mois)Court (1-2 mois)
Liberté de projetLimitée (projet validé)Totale

Si votre employeur accepte une rupture conventionnelle, c’est souvent plus avantageux : vous touchez des indemnités ET le chômage, sans avoir à justifier d’un projet. Mais si votre employeur refuse, le dispositif démission-reconversion est votre meilleure option.

Comparaison avec le congé de transition professionnelle (CTP)

Le Congé de Transition Professionnelle (anciennement CIF) vous permet de vous former tout en restant salarié, avec maintien d’une partie du salaire. C’est une alternative intéressante si vous ne souhaitez pas démissionner immédiatement.


FAQ

Le dispositif démission-reconversion existe-t-il toujours en 2025 ?

Oui, le dispositif est toujours en vigueur en 2025. Il a été instauré par la loi “Avenir professionnel” de 2018 et n’a pas été supprimé depuis. Les conditions principales (5 ans d’ancienneté, projet validé par la CPIR) restent inchangées. Cependant, les montants de l’ARE sont régulièrement révisés par les partenaires sociaux, donc vérifiez les barèmes actualisés sur le site de France Travail au moment de votre démarche.

Peut-on bénéficier du dispositif si on a moins de 5 ans d’ancienneté ?

Non. Les 5 ans d’ancienneté continue sont une condition sine qua non. Il n’existe pas de dérogation à cette règle. Si vous avez moins de 5 ans d’ancienneté, vous pouvez envisager d’autres options : demander une rupture conventionnelle à votre employeur, attendre d’atteindre les 5 ans, ou explorer les aides à la formation disponibles sans démission (CPF, CTP, plan de développement des compétences de l’entreprise). Consultez notre guide Aides à la Reconversion : Ce Que Pôle Emploi Finance pour explorer toutes les alternatives.

Peut-on cumuler l’ARE avec des revenus de freelance pendant la reconversion ?

Oui, sous conditions. France Travail permet de cumuler partiellement l’ARE avec des revenus d’activité, y compris en freelance (micro-entreprise). Le principe est simple : plus vous gagnez, moins vous percevez d’ARE ce mois-là, mais vous ne perdez pas vos droits d’un coup. Le calcul se fait au prorata des jours travaillés déclarés. Il est impératif de déclarer chaque mois votre situation à France Travail. En cas de non-déclaration, vous risquez un remboursement des sommes indûment perçues, voire des sanctions. Si vous envisagez de lancer une activité freelance pendant votre reconversion, consultez notre guide Cumuler Emploi Salarié et Freelance : Règles et Astuces pour comprendre les mécanismes.

Que se passe-t-il si je ne trouve pas de travail à l’issue de ma formation ?

Si votre reconversion ne débouche pas sur un emploi avant la fin de vos droits à l’ARE, vous n’avez malheureusement pas de filet supplémentaire automatique lié au dispositif démission-reconversion. Vous pouvez toutefois bénéficier de l’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique) si vous remplissez les conditions de ressources, ou du RSA. C’est pourquoi il est crucial de choisir une reconversion vers un secteur porteur, avec de vraies perspectives d’emploi. Les métiers du numérique (développement web, UX design, marketing digital, cybersécurité) offrent des débouchés solides et des délais d’insertion relativement courts.

La CPIR peut-elle refuser mon dossier ? Quels sont les motifs de refus ?

Oui, la CPIR peut refuser votre dossier. Les principaux motifs de refus sont : un projet jugé insuffisamment formalisé ou irréaliste, l’absence de débouchés professionnels identifiés dans le secteur visé, un budget incohérent, ou des incohérences entre le projet déclaré et le profil du candidat. En cas de refus, vous pouvez reformuler votre dossier et le soumettre à nouveau, après avoir renforcé les points faibles identifiés par la commission. Votre CEP peut vous accompagner dans cette révision. Il est donc essentiel de préparer un dossier solide dès le départ, avec l’aide de votre conseiller.


En Résumé : Le Dispositif Démission-Reconversion en 5 Points Clés

1. Pour qui ? Les salariés du privé avec au moins 5 ans d’ancienneté continue, souhaitant se former ou créer une entreprise.

2. Comment ? En faisant valider son projet par un CEP puis par la CPIR (Transitions Pro) avant de démissionner.

3. Combien ? L’ARE représente environ 57% à 75% de votre ancien salaire journalier brut, pendant 24 mois maximum (pour la plupart des profils).

4. Combien de temps ? Comptez 3 à 7 mois entre le début des démarches et votre premier jour sans emploi.

5. Quel projet ? Un projet précis, documenté, avec une formation identifiée et des débouchés réalistes. Les projets vagues sont refusés.

Le dispositif démission-reconversion est une opportunité réelle pour les salariés qui veulent changer de vie sans sauter dans le vide. Avec une bonne préparation, il offre un filet de sécurité solide pour financer une transition vers les métiers du numérique, du freelance digital ou de l’entrepreneuriat. La clé : anticiper, préparer un dossier béton, et ne jamais démissionner avant la validation officielle.

Back to Blog

Related Posts

View All Posts »